La fresque du British museum de Londres provient de la villa romaine de Lullingstone dans le Kent. Elle peut-être datée du IVème siècle après Jésus Christ. Cette villa romaine a été découverte en 1939 et sa construction remonte à l'époque de l'occupation romaine de la Grande-Bretagne. Elle est souvent considérée comme abritant la première chapelle chrétienne du pays.
Si l'on observe attentivement le chrisme de la fresque de Lullingston, plusieurs détails retiennent l'attention. Bien évidemment, les deux colonnes à l'arrière du Chrisme peuvent évoquer les colonnes du temple de Salomon, chères aux traditions maçonniques. D'autre part, on doit noter que la fresque prends place au millieu de scènes mythologiques gréco-romaines classiques avec de superbes mosaïques du même style.
Les propriétaires de la villa étaient sans doute apparentés à l'empereur Pertinax (Publius Helvius Pertinax 126-193) et celui-ci était un adepte d'un culte à mystères à l'origine de Sol Invictus (Soleil invaincu), culte solaire syncrétique apparu à Rome au début du III siècle et qui reprends de nombreux aspects de la mythologie de Mithra. Ce culte a connu une grande popularité dans l'armée romaine et l'empereur Aurélien (270-275) lui a assuré une place officielle en le proclamant patron principal de l’Empire romain et en faisant du 25 décembre (jour suivant le solstice d'hiver selon le calendrier Julien) une fête officielle : Dies Natalis Solis, « Jour de naissance du Soleil », fête qui sera christianisé par la suite en Occident (Natalis a donné Natale en italien, et Noël en français). L'empereur Constantin Ier (306-337), était, au moins au début de son règne, un fervent adepte du Soleil Invaincu, et son chrisme s'inscrivait dans ce contexte (I.H.S). Constantin Ier fera ainsi frapper sur les monnaies la légende «Soli Invicto Comiti», «Au Soleil Invaincu qui m'accompagne» et, par une loi du 7 mars 321, il fera du «Jour du Soleil» (c’est-à-dire le dimanche) le jour du repos hebdomadaire (Code Justinien 3.12.2).
Cependant, ce qui m'est apparu choquant dans le chrisme de Lullingston (et qui pourtant est tout aussi choquant dans tous les chrismes des premiers siècles et du moyen-âge), ce sont les lettres grecques qui composeraient le symbole. En effet, le chi ne resemble pas complétement à un chi et surtout, le rho ne devient un rho qu'en y ajoutant une partie du chi, ou un iota, dans une description alternative, en oubliant la "patte" supérieure... L'alpha, encore, avec une patte plus courte et en majuscule alors que l'oméga est en.... minuscule. Vous pouvez étudier tous les anciens chrismes : comme sur la fresque de Lullingston, l'oméga "supposé" est en minuscule et l'alpha non moins "supposé" est en majuscule... A celà, aucune explication graphique, typologique ou théologique...
Reprenons alors l'hypothèse compagnonnique et maçonnique. Le pendule de salomon est un monogramme. Mais qu'est-ce qu'un monogramme dans l'esprit des anciens ? C'est bien plus qu'un symbole composé d'initiales. C'est un sceau (du latin signum) qui permet d'identifier une personne ou un groupe de personnes. L'objectif est de garantir l'authenticité d'un document ou d'une information et de la rendre évidente en précisant, à ceux à qui l'information est destinée, le code de déchiffrement à utiliser. Cette technique était déjà connue des mésopotamiens plus de 4000 ans AEC et c'est pourquoi on désignele monogramme d'un prince comme le "chiffre". On notera également que la cryptologie était bien connue des anciens hébreux : en effet, ceux-ci utilisait la méthode de l' "atbash", une méthode de substitution alphabétique inversée. Elle consistait à remplacer chaque lettre du texte "en clair" par une autre lettre de l'alphabet choisie de la manière suivante : A devient Z, B devient Y etc... Le nom "atbash" vient des initiales des premières et dernières lettres de l'alphabet hébreux et des secondes et avant dernière lettre de ce même alphabet : aleph-tav, beth-shin. Pas d'oméga finale donc dans cet alphabet !
Tout celà n'est donc pas très rigoureux et pourtant, l'interprétation "classique" du symbole semble ne poser aucun problème à personne... Quelque que fois on évoque qu'IHS est très certainement l'IHS de Constantin, mais jamais l'interprétation du chrisme n'a été sérieusement envisagée et ce malgré sa place centrale dans le christiannisme des premiers siècles et dans l'histoire médiévale, etc...
L'idée est en fait toute simple : si on utilise l'alphabet phénicien ou le très semmblable alphabet paléo-hébraique, celui qui était utilisé à l'époque de Salomon et d'Hiram, pour interpréter le symbole c'est beaucoup mieux et en plus c'est cohérent avec la transmission traditionnelle qui y est associée...
L'alphabet phénicien est issu de l'alphabet linéaire utilisé pour noter des idiomes proto-cananéens. C'est une simplification des hiéroglyphes égyptiens. Les plus anciennes inscriptions datent vraisemblablement du XIIIe siècle avant l'ère chrétienne mais on les considère encore comme du linéaire. La cité phénicienne de Byblos semble avoir joué un rôle décisif dans la diffusion de l'alphabet qui, au XIe siècle, est parfaitement établi. L'alphabet phénicien suit l'ordre levantin, qu'il transmettra à tous ses nombreux descendants :
- en premier lieu l'alphabet grec ancien ancètre des alphabets étrusque, latin et ses variantes médiévales, grec moderne, cyrillique, copte, gotique;
- le très semblable alphabet paléo-hébraïque, dont est issu l'alphabet samaritain;
- et aussi l'alphabet araméen, ancètre des alphabets hébreu, syriaque, nabatéen, arabe (et persan), et mandéen.
L'alpha devient en utilisant cer alphabet un très classique gimel et le rho (ou le iota) un qof. On retrouve ainsi le chameau (gimel), la recherche du centre, et le shas de l'aiguille (qof), la porte étroite...
Les lecteurs familiers du Nouveau Testament connaissent bien la parole de Jésus à propos de la difficulté pour un riche d’être sauvé :
« Il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume des cieux. » (Mt 19,24 ; cf. Mc 10,25).
Même en faisant la part de l’hyperbole, la disproportion entre l’étroitesse du passage et la taille de l’animal qui doit l’emprunter a parfois conduit certains commentateurs à reculer devant l’interprétation littérale pour proposer des explications plus ou moins ingénieuses : l’expression « le trou d’une aiguille » désignerait, par exemple, une porte basse dans la muraille d’une ville...
Or, cette comparaison du trou d’aiguille est bien connue de la tradition rabbinique. La pointe de la parabole est différente de ce qu’elle est dans l’Évangile, mais le rapprochement s’impose pourtant. Il s’agit d’un commentaire sur le verset du Cantique : « Ouvre-moi... » (Ct 5,2), que l’on retrouve, avec des variantes, dans d’autres passages :
« Le Saint, béni soit-il, dit à Israël : ‘Mes fils, ouvrez-moi une porte de repentance comme un trou d’aiguille, et moi, je l’élargirai pour y faire passer des charrettes’. »
Une variante parle même d’y faire passer une armée avec tout son équipement. Le contraste, ici, n’est pas entre la taille du passage et celle du chameau, mais entre la part de bonne volonté, même infime, qui est requise de l’homme et la puissance de Dieu qui peut faire le reste. Mais peut-être ne sommes-nous pas si loin de la parabole évangélique...
Bon, celà est interessant mais pour le reste du symbole ? Et bien le chi n'est plus un chi (qui n'apparait que de façon tardive et pas de manière uniforme) mais le Taw : la marque (le golem), la dernière lettre de l'alphabet phénicien et paléo-hébraïque. On l'apparente à l'aleph qui est le taureau "émasculé", le boeuf : le baptême selon Mithra, l'alliance. La Génèse commence par beth (avant on a Adam et Lilith qui ne laisse que la marque de la bête, l'ignorance), la maison, que l'on doit apparenter apparenter au sin et non pas à un pseudo-oméga en minuscule, le nom divin Shaddaï (שַׁדַּי).
Shin (ou Šin) est la 21 lettres de nombreux abjad sémitiques notamment le phénicien, l'araméen, le syriaque, l'hébreuu ש, et l'arabee šīn ﺵ (aujourd'hui le šīn est la douzième lettre de l'alphabet moderne). La lettre phénicienne est à l'origine du Sigma grec (Σ), du S latin, et des lettres cyrilliques Es (С) et Sha (Ш).
La glyphe du shin dériverait hiéroglyphe de l'uraeus.
L'uræus est un cobra femelle qui a pour fonction de protéger le pharaon contre ses ennemis. C'est litéralement l'œil de Rê et on le retrouve la plupart du temps représenté sur la coiffe de pharaon dont il est l'un des principaux attributs. Il est principalement incarné par la déesse Ouadjet dont Horus serait alors le fils. Dans le mythe osirien, Horus est le fils d'Isis et d'Osiris. Cependant, ce mythe n'est pas incompatible avec la filiation première : en effet, Isis est initialement la personnification du trône et son nom en hiéroglyphes "Iset", ce qui signifie le siège. Isis est donc l'héritière des déesses-mères et n'est donc pas la mère d'Horus, mais simplement celle qui l'éleva. C'est ainsi qu'à l'époque Romaine on va la représenter sous la forme de Isis lactans et le lien avec la vierge Marie est ainsi évident.
On peut donc rapprocher l'uraeus de l'oeil d'Horus (Oudjatt). Horus est l'une des plus anciennes divinités égyptiennes, le dieu faucon, et signifie "Celui qui est au-dessus". Il remonte sans doute à la préhistoire, car la liste royale du papyrus de Turin qualifie de "Suivants d’Horus" les rois légendaires qui gouvernèrent l’Égypte après le règne des dieux. Horus sera constamment associé à la monarchie pharaonique. Horakhty (L'Horus des deux horizons) est l'une des manifestations d'Horus, le dieu du soleil se levant à l'horizon et selon la tradition égyptienne, Pharaon gouverne d'un horizon à l'autre (d'est en ouest) sous la forme d'Horakhty. Son œil droit est le soleil et l’œil gauche la lune et à Héliopolis, il était vénéré concurremment avec Rê et finit même par fusionner avec le démiurge héliopolitain, sous la forme de Rê-Horakhty. En fait, Rê-Horakhty est représenté en tant que Rê à midi, c'est-à-dire lors de sa gloire terrestre. Le dieu est personnifié en homme à tête de faucon surmonté du disque solaire.
L'oudjat signifie l'« œil préservé », c'est à dire l'oeil de Rê (uræus), oeil divin préservé du "déluge", l'incarnation même de la connaissance divine accordée à la dynastie pharaonique et notamment au premier des pharaons : Horus.
D'après le mythe, Horus aurait perdu un œil dans le combat mené contre son oncle Seth pour venger l'assassinat de son père. Au cours du combat, Seth lui arracha l'œil gauche (la lune, la connaissance cachée), le découpa en 6 morceaux et les jeta dans le Nil. À l'aide d'un filet (on fera le rapprochement avec la pêche miraculeuse, celle de Pythagore, mais aussi celle du Christ), Thot (celui qui capte la lumière lunaire et que l'on a désigné comme le seigneur du temps) repêcha tous les morceaux sauf un (donc 5). Il suppléa miraculeusement le 6e fragment manquant pour permettre à l'œil de fonctionner de nouveau, rendant ainsi à Horus son intégrité physique. Ainsi l'Oudjat a une fonction de restauration de la complétude et de vision de « l'invisible ». Il fut représenté sur les sarcophages et sur les pectoraux (comme les chrismes et comme les gorgonnes). L'Œil Oudjat était peint sur les proues des bateaux et leur permettait de « voir » et de tenir leur cap.
A ce point, il faut rappeler que Thot est véritablement le verbe incarné. Un texte d'Edfou relate sa naissance :
« Au sein de l'océan primordial apparut la terre émergée. Sur celle-ci, les Huit vinrent à l'existence. Ils firent apparaître un lotus d'où sortit Rê, assimilé à Shou. Puis il vint un bouton de lotus d'où émergea une naine, auxiliaire féminin nécessaire, que Rê vit et désira. De leur union naquit Thot qui créa le monde par le Verbe ».
Thot est donc l'inventeur de l'écriture et du langage, il est la « langue d'Atoum » et le dieu des scribes. Détenteur de la connaissance divine, il sera dans le monde gréco-romain Hermès Trismégiste.
Dès à présent, il convient également de montrer le rôle que jouait le fameux Oudjat dans l'arithmétique égyptienne : les parties constituantes de l'Oudjat servaient à écrire les fractions ayant 64 comme dénominateur commun et elles servaient à mesurer les capacités et les volumes :
L'Oudjat était ainsi composé de la conjonctive 1/2 (soit 32/64), de la pupille 1/4 (soit 16/64), du
sourcil 1/8e (soit 8/64), d'une partie de la conjonctive 1/16 (soit 4/64), de la larme 1/32 (soit 2/64) et de la tache du faucon 1/64. L'addition des six fractions, 32/64 + 16/64 + 8/64 + 4/64 + 2/64 + 1/64, donne 63/64 et, comme dans le mythe, la fraction manquante est ajoutée par Thot qui remplace la 6ème partie manquante de l'oeil d'Horus. On retrouve dans l'addition des 6 premières fractions de la fameuse suite 1/2 + 1/4 + 1/8 ... série infinie qui converge vers 1 et qui incarne le paradoxe de Zénon.